Karim avoua qu’il avait signé, huit ans plus tôt, un rapport concluant à la fugue de Noé. Il affirma qu’il avait été trompé : on lui avait montré une vidéo, des achats de billets, des messages d’adieu. Tout était faux, fabriqué par Oasis avant même que le système ne porte ce nom.
Maëlle voulait le haïr. Elle n’avait pas le temps.
Sami les guida jusqu’à Nederkade par les tunnels de service du métro, où les graffitis semblaient bouger sous le faisceau des lampes. Avec le casque, les murs devenaient des blocs colorés, des couloirs impossibles, des escaliers suspendus au-dessus d’un désert numérique. Sans le casque, ce n’étaient que des sous-sols humides, des câbles et des rats.
« C’est pour ça qu’ils recrutent des enfants, expliqua Sami. Eux, ils apprennent vite les deux villes. Les vieux se perdent. »
Dans une salle technique, ils tombèrent sur les Gardiens de Verre : quatre agents sans matricule, visières noires, matraques électriques. Karim leva les mains, jouant encore au policier raisonnable.
« On peut discuter. »
Le premier coup le plia en deux.
Maëlle redevint ce qu’elle avait essayé d’oublier : pas une héroïne, pas une justicière, seulement une femme entraînée à survivre trois secondes de plus que l’autre. Elle lança une lampe au visage d’un agent, tira Sami derrière un transformateur, arracha une matraque et frappa le genou le plus proche.
La bagarre fut brève, sale, sans musique. Karim, le souffle coupé, parvint à déclencher l’alarme incendie. Les portes coupe-feu s’ouvrirent. Une foule surgit des couloirs : habitants de Nederkade, livreurs, vieilles dames en chaussons, adolescents avec casques bricolés. Tous portaient sur leurs vêtements un carré de tissu bleu.
Une femme aux cheveux blancs s’avança.
« Noé nous avait promis que sa sœur viendrait. »
Maëlle eut presque envie de rire. « Noé promet beaucoup pour quelqu’un qui ne répond pas au téléphone. »
La vieille femme lui remit un petit enregistreur cassé.
« Il n’envoie pas les messages en direct. Il les a semés partout dans Oasis. Des bouteilles à la mer. Chaque fois que vous approchez de lui, une bouteille remonte. »
« Donc il peut être mort. »
Silence.
Sami murmura : « Ou pire. Connecté. »
Alors le plafond numérique, visible dans les casques des habitants, vira au rouge. Une voix féminine annonça : « Purge de Nederkade dans trente minutes. Toutes les identités non conformes seront archivées. »
Les portes de l’immeuble se verrouillèrent une à une.