Le téléphone de Maëlle Vibert vibra à 03 h 17, posé au bord de l’évier comme un animal blessé. Elle ne dormait plus vraiment depuis sa suspension : deux mois sans uniforme, sans insigne, sans le bruit rassurant de la radio de police. Deux mois à regarder Bruxelles sous la pluie depuis son appartement du sixième, en se demandant à quel moment exact elle avait cessé d’être utile.
Le message vocal venait d’un numéro masqué. Elle l’écouta d’abord par réflexe, puis son corps se figea.
« Maëlle… si tu entends ça, ne rappelle pas. Ne fais confiance à personne du commissariat. Ils disent que je n’existe pas dans le registre, mais toi, tu sais. Tu sais que je suis ton frère. Cherche l’Oasis. Sous le sable, il y a une porte. »
La voix de Noé.
Son petit frère avait disparu huit ans plus tôt, à l’âge de quinze ans, après une fugue qui n’avait laissé qu’un sac de sport mouillé sur un quai de gare. L’enquête avait conclu à un départ volontaire. Maëlle, alors jeune gardienne de la paix, avait juré qu’elle le retrouverait. Puis la vie l’avait usée, et le dossier était devenu une boîte grise dans une armoire métallique.
Elle rappela malgré l’avertissement. Rien. Numéro inexistant.
À 03 h 21, un second message arriva.
« Ils ont construit la ville dans la ville. Les murs changent quand tu les regardes trop longtemps. Ne viens pas seule. Et surtout… ne crois pas les souvenirs qu’ils te vendront. »
Maëlle sentit monter une colère froide. Quelqu’un jouait avec la voix de son frère. Ou Noé était vivant.
Elle ouvrit son ancien ordinateur de service, dont elle n’avait jamais rendu le chargeur, et chercha le mot Oasis. Des centaines de résultats : bars, résidences, clubs privés. Puis, au fond d’un forum abandonné, elle trouva une expression répétée trois fois : « Oasis n’est pas un lieu, c’est une couche. »
Au même instant, on frappa à sa porte. Trois coups secs. Elle attrapa le couteau de cuisine.
Derrière le judas, un garçon de douze ans, trempé, tenait un casque de réalité augmentée contre sa poitrine.
« Vous êtes Maëlle ? demanda-t-il. Noé a dit que vous comprendriez quand je vous montrerais le désert. »