À neuf heures, Élise se retrouva dans une salle sans fenêtres, face à une caméra interne et trois membres de la Chambre. Sur la table, l’enveloppe noire avait été ouverte. Elle contenait une photographie floue : Darius Holt vivant, assis dans un café d’Anvers, datée de la semaine précédente. Au dos, quatre mots écrits à la main : “La ligne d’encre ment.”
Valère posa la photo devant Élise.
— Votre poignet, s’il vous plaît.
Élise sentit son sang se glacer. Elle releva la manche. La ligne noire apparut. Un membre de la Chambre fronça les sourcils.
— Le même marquage a été retrouvé sur trois lanceurs d’alerte impliqués dans des fuites contre le groupe, dit Valère. Votre frère en faisait partie.
— Mon frère a disparu parce qu’il a dit la vérité.
— Ou parce qu’il a vendu des secrets et qu’il a fui.
Élise se leva si vite que sa chaise tomba. Adrien, silencieux jusque-là, intervint :
— Elle n’a pas signé le transfert. Les métadonnées sont falsifiées. Laissez-moi l’interroger hors procédure.
Valère arqua un sourcil.
— Vous défendez déjà votre analyste ? C’est rapide, même pour vous.
Adrien ne répondit pas. Mais son regard croisa celui d’Élise, et pour la première fois elle y vit autre chose que de l’arrogance : une fatigue ancienne, presque familière.
On les enferma dans un bureau vitré sous surveillance. Élise explosa :
— Vous m’avez piégée.
— Non. J’ai essayé de vous éloigner de ceux qui vous auraient fait disparaître avant midi.
— Très rassurant.
Adrien sortit de sa poche une clé USB minuscule.
— Darius Holt n’est pas mort. Il a conçu un système de détournement légal pour financer des campagnes privées, acheter des verdicts administratifs, ruiner des concurrents. Puis il a voulu tout révéler. La Chambre l’a marqué comme traître.
— Et mon frère ?
Adrien hésita. Ce silence suffit à Élise pour comprendre qu’il savait quelque chose.
— Parlez.
— Noé m’a contacté il y a trois ans. J’étais auditeur externe. Il m’a remis une partie des preuves, puis il a disparu avant notre second rendez-vous. Depuis, j’ai accepté ce poste pour entrer au cœur du système.
Élise eut envie de le gifler. De l’embrasser aussi, par pure confusion, parce qu’il portait soudain le seul morceau vivant de son passé.
— Vous aviez son nom, ses preuves, et vous ne m’avez jamais cherchée ?
— Je vous ai cherchée. Et chaque fois que je m’approchais, quelqu’un effaçait ma trace.
Le téléphone du bureau vibra. Une notification apparut sur l’écran mural : “Audience disciplinaire avancée à 14 h. Sujet : Élise Varnier. Chef d’accusation : sabotage financier et complicité de disparition.”
En dessous, une pièce jointe se lança seule. Une vidéo montrait Élise, la veille au soir, entrant dans la salle des serveurs avec Darius Holt.
Elle n’y était jamais allée.
Adrien blêmit.
— Ils ont votre visage.
— Alors, dit Élise en fixant son double numérique, je vais leur donner ma voix.