La police arriva en huit minutes. Les journalistes en douze. À minuit, la photo de Nora circulait déjà sur les réseaux, accompagnée de titres affamés : « Meurtre dans la tour Helix », « Une auditrice impliquée ? », « Scandale autour de la Fondation Lumen ».
Nora fut interrogée jusqu’à l’aube. Elle répéta qu’elle avait trouvé Bellanger mort, qu’elle n’avait jamais perdu son badge, qu’elle ignorait pourquoi son nom apparaissait dans le fichier. Le lieutenant Salomé Rask, femme sèche aux yeux fatigués, ne la crut pas tout à fait, mais ne l’accusa pas non plus.
— Vous avez vu quelque chose ? demanda Rask.
Nora pensa à l’obscurité, à l’alarme, au souffle d’Adrien près d’elle. Puis à une silhouette aperçue dans le reflet de la vitre : une personne petite, vêtue d’un manteau jaune, qui sortait par l’escalier de service.
— Oui, dit-elle. Mais je ne sais pas si c’était réel.
— Dans les affaires comme celle-ci, mademoiselle Vandeleu, le réel commence souvent par ce qu’on refuse de regarder.
À la sortie du commissariat, Adrien l’attendait sous un abribus, trempé par la bruine bruxelloise. Nora voulut passer devant lui sans s’arrêter. Il lui tendit son téléphone. Sur l’écran : une vidéo de surveillance. On y voyait Nora entrer aux archives à 22h14. Puis, à 22h17, une autre Nora — même taille, même manteau, même démarche approximative — sortir avec un dossier sous le bras.
— Montage, souffla-t-elle.
— Bien fait. Assez pour te détruire.
— Pourquoi tu m’aides ?
Adrien eut un rire sans joie.
— Parce que Bellanger m’a recruté après la mort de mon frère. Parce que mon frère enquêtait sur Lumen. Parce qu’hier soir, avant de mourir, Bellanger m’a envoyé un message : « Elle porte la preuve sur la peau. »
Nora porta instinctivement la main à sa tache de naissance.
Adrien la fixa, troublé.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda-t-elle.
— Je l’ignore. Mais quelqu’un pense que ta marque vaut un meurtre.
Ils n’eurent pas le temps d’en dire davantage. Une moto noire surgit du boulevard, ralentit à leur hauteur. Le passager leva un pistolet muni d’un silencieux.
Adrien poussa Nora contre le sol. La balle fracassa la vitre de l’abribus. Des éclats tombèrent comme une pluie de verre.
Pour la première fois depuis longtemps, Nora ne se demanda plus si elle devait faire confiance à Adrien. Elle se demanda combien de minutes ils leur restaient à vivre.