Mila portait un manteau jaune trop grand, des baskets usées et un sac à dos fermé avec un cadenas rose. Dans le salon d’attente VIP, elle semblait plus petite encore, avalée par les fauteuils en cuir et les murs décorés de prix d’innovation.
« Je ne parlerai pas si lui reste », dit-elle en montrant Léo.
Léo ne protesta pas. Il hocha la tête, mais Inès remarqua la tension dans sa mâchoire. Il sortit dans le couloir, laissant la porte entrouverte.
Inès s’assit en face de Mila, sans ordinateur, sans bloc-notes visible. « Tu peux me dire ce que tu as vu. À ton rythme. »
Mila serra les bretelles de son sac. « Ma mère testait vos bracelets. Elle nettoyait les bureaux la nuit, mais elle participait aussi à des essais parce qu’on lui donnait des primes. Elle avait des malaises. Elle a envoyé des messages. On lui a répondu que les données étaient normales. Puis elle est tombée dans les escaliers du métro. »
Inès sentit son estomac se contracter. « Je suis désolée. »
« Les gens sont toujours désolés quand ça ne leur coûte rien. »
La phrase frappa juste. Inès baissa les yeux.
Mila sortit de son sac une vieille clé USB enveloppée dans un mouchoir. « Maman enregistrait tout. Elle disait que si elle disparaissait, je devais trouver quelqu’un qui sache lire les mensonges. »
Au même instant, derrière la porte, une voix retentit. Celle d’Adrien Delcourt.
« L’enfant n’a rien à faire ici. Appelez la sécurité. »
Inès se leva et ouvrit. Delcourt était là, impeccable, entouré de deux assistants. Léo se tenait face à lui, immobile comme avant un gong.
« Elle est mineure », dit Delcourt. « Nous n’avons pas à recevoir des accusations fantaisistes. »
« Elle a une clé USB », répondit Inès.
Le sourire du président ne bougea pas, mais ses yeux changèrent. « Dans ce cas, nous allons la transmettre au service juridique. »
« C’est moi, le service juridique. »
Delcourt s’approcha d’elle. « Inès, vous avez un bel avenir ici. Ne le confondez pas avec une croisade. »
Léo intervint : « Adrien, laisse-la faire son travail. »
Le président tourna vers lui un regard froid. « Toi, retourne t’entraîner à sourire devant les caméras. Tu n’es pas payé pour penser au passé. »
La phrase était étrange. Trop précise. Inès vit le visage de Léo pâlir d’un degré.
Mila, derrière elle, murmura : « Ce monsieur était dans la vidéo. »
Tous se figèrent.
« Quelle vidéo ? » demanda Inès.
Mila ouvrit son sac plus grand. « Celle où ils disent qu’ils savent que les bracelets se trompent sur les rythmes cardiaques. Celle où ils disent qu’ils lanceront quand même le produit. Et… » Elle regarda Léo. « Il y a aussi vous. »
Le couloir sembla perdre son air.
Léo ne nia pas. Il ferma les yeux une seconde, comme s’il recevait un coup qu’il avait attendu depuis longtemps.