À Bruxelles, dans la tour de verre de NovaPulse, les ascenseurs montaient plus vite que les réputations ne s’effondraient. Inès Marceau, juriste en conformité, connaissait chaque étage, chaque badge, chaque sourire trop poli. Elle avait bâti sa carrière sur une règle simple : ne jamais croire les gens, seulement les documents.
Ce lundi matin, pourtant, le document sur son bureau tremblait entre ses doigts.
« Clause 17-B : renonciation volontaire aux droits médicaux en cas d’événement sportif promotionnel. »
NovaPulse lançait une campagne géante autour de son nouveau bracelet de santé connecté. Pour prouver que l’objet pouvait suivre les performances extrêmes, l’entreprise organisait un gala de boxe caritatif. Le visage de la campagne n’était autre que Léo Varenne, ancien champion européen, aujourd’hui directeur de la stratégie et idole interne malgré ses silences.
Inès leva les yeux vers la baie vitrée. Dans le reflet, elle vit Léo entrer sans frapper.
Il portait un costume sombre, mais son poing droit gardait la mémoire des combats : une cicatrice blanche sur les phalanges, comme une signature que le temps n’avait pas réussi à effacer.
« Vous avez lu la clause », dit-il.
Ce n’était pas une question.
« Je l’ai lue, oui. Et je vais la bloquer. On ne fait pas signer à des employés une renonciation médicale déguisée en formulaire de volontariat. »
Il sourit à peine. « C’est pour une fondation. Des enfants malades auront des traitements grâce à ce gala. »
« Ce n’est pas une raison pour mettre des adultes en danger. »
Un silence tomba. Entre eux, il y avait six mois de réunions électriques, de regards trop longs, de phrases coupées avant de devenir personnelles. Inès savait que Léo plaisait à tout le monde, mais avec elle il ne jouait jamais. C’était précisément ce qui la déstabilisait.
« Vous pensez que je laisserais quelqu’un monter sur un ring sans protection ? » demanda-t-il, plus bas.
« Je pense que vous voulez gagner. Et les gens qui veulent gagner trouvent toujours une excuse pour appeler ça de la nécessité. »
Le visage de Léo se ferma.
Avant qu’il ne réponde, la porte s’ouvrit brusquement. Samir, stagiaire aux archives, entra livide.
« Madame Marceau… il y a une fille à l’accueil. Elle dit qu’elle a vu quelque chose. Elle veut parler à quelqu’un qui n’a pas peur de Monsieur Delcourt. »
Inès se raidit. Adrien Delcourt, président de NovaPulse, était connu pour ses conférences brillantes, ses donations publiques et sa façon de faire disparaître les problèmes avant qu’ils n’aient un nom.
Léo fit un pas vers Samir. « Quelle fille ? »
« Elle s’appelle Mila. Elle a douze ans. Et elle dit que sa mère est morte à cause du bracelet. »
Le regard d’Inès revint sur la clause 17-B. Soudain, le papier ne tremblait plus parce qu’elle avait peur. Il tremblait parce que toute la tour commençait à vaciller.