Adrien insista pour l’accompagner au parking. Clémence refusa deux fois, accepta à la troisième parce qu’elle détestait perdre du temps à répéter non.
— Vous avez des ennemis internes, dit-il en appuyant sur le bouton de l’ascenseur.
— J’ai des collègues.
— C’est parfois pire.
Ils descendirent dans un silence nerveux. Le message avait été envoyé depuis un téléphone prépayé, activé près d’une ancienne patinoire désaffectée. Le service juridique conseillait d’avertir la police. Le président conseillait d’attendre. Clémence, elle, avait déjà pris son manteau.
La patinoire sentait la poussière froide et le métal humide. Une banderole déchirée pendait au plafond : TOURNOI DES PETITS CHAMPIONS, 2014. Au centre de la piste sèche, un garçon d’environ neuf ans tenait un sac à dos contre lui comme un bouclier.
— Tu es celui qui a appelé ? demanda Clémence doucement.
— Je m’appelle Milo. Mais si je vous le dis, vous allez me mettre dans un dossier.
Adrien s’agenouilla, à distance.
— Pas si tu ne veux pas. Tu peux juste nous dire pourquoi tu étais dans le laboratoire.
Milo regarda la cicatrice d’Adrien.
— Vous avez perdu ?
— Souvent. C’est pour ça que je suis encore là.
Le garçon sembla considérer cette réponse comme acceptable. Il expliqua par morceaux : sa mère travaillait de nuit au nettoyage chez Helian. Ce soir-là, il l’avait suivie en cachette parce qu’il ne voulait pas rester seul dans leur chambre d’hôtel social. Il avait vu un homme changer une capsule dans une machine. Puis le technicien était arrivé. Puis l’alarme. Puis la fumée.
— Et ta mère ? demanda Clémence.
Milo se referma.
Adrien sortit une bouteille d’eau, la posa par terre, recula.
— On ne te forcera pas.
Le téléphone de Clémence sonna : le président. Elle mit en haut-parleur sans prévenir.
— Clémence, où êtes-vous ? La police vient de recevoir une dénonciation. On prétend que vous manipulez un témoin mineur pour fabriquer une accusation contre Helian.
Le visage de Milo blanchit.
— Je vous avais dit. Les dossiers.
Il se leva pour fuir. Une voiture démarra dehors, phares allumés vers l’entrée brisée. Adrien poussa Clémence derrière un pilier au moment où la vitre explosa. Pas une balle : une pierre, entourée d’un papier.
Clémence le déplia.
« LIVREZ LE GARÇON, OU LE VERDICT SERA LE VÔTRE. »
Adrien ne regardait plus le message. Il observait Milo, qui tremblait si fort que son sac à dos glissait.
— Il faut le cacher, dit-il.
— Chez qui ?
— Chez moi.
Clémence ricana, incrédule malgré la peur.
— Vous croyez qu’un enfant témoin dans l’appartement d’un directeur de crise, c’est une stratégie ?
— Non. C’est une urgence.
Milo leva les yeux vers elle.
— Vous avez des enfants, madame du quarante-septième ?
La question la frappa plus violemment que la pierre.
— Non.
— Alors vous ne savez pas mentir pour eux.
Clémence ne répondit pas. Elle prit le sac du garçon, puis sa main. Ce geste, minuscule et irréversible, fut son premier mensonge à elle-même : elle se dit que c’était seulement pour le procès.