Noé Valmont l’attendait dans une salle d’entraînement municipale à Molenbeek, loin des clubs privés et des projecteurs. Il frappait un sac usé, torse couvert de cicatrices fines, comme si chaque couture de peau gardait le souvenir d’un contrat trahi.
Quand il la vit, il ne sourit pas.
— Veyrac envoie son meilleur couteau ?
— Veyrac m’envoie éviter un scandale.
— Et toi, tu viens pour quoi ? Pour finir ce que tu as commencé ?
La phrase la toucha plus durement qu’un coup. Autour d’eux, des adolescents s’entraînaient en silence. Au fond, une petite fille de cinq ou six ans coloriait sur un banc, les pieds ne touchant pas le sol.
Élise la regarda trop longtemps.
Noé suivit son regard.
— C’est Lila. La fille de ma sœur. Je m’en occupe depuis que Clara est partie travailler de nuit à l’hôpital.
Élise baissa les yeux, presque soulagée, presque déçue, et détesta ce mélange.
— On t’accuse d’avoir utilisé un stimulant expérimental, dit-elle. Si c’est vrai, je ne peux rien faire.
Noé rit sans joie.
— Tu crois encore que les contrats disent la vérité ?
Il ouvrit un casier et en sortit une enveloppe froissée. À l’intérieur : des résultats médicaux, des photos d’injections, des notes internes portant le logo de Veyrac Santé, filiale pharmaceutique du groupe.
— Il y a sept ans, leur médecin m’a donné un traitement pour accélérer la guérison de mon épaule. Je ne savais pas que le produit n’était pas autorisé. Quand j’ai voulu parler, ton bureau m’a envoyé une clause de silence. Signée par toi.
Élise sentit la honte monter, brûlante.
— On m’a fait signer un avenant sans dossier complet.
— Tu étais brillante. Tu ne signais jamais sans lire.
Il avait raison. Et c’était pire.
À cet instant, la porte s’ouvrit avec fracas. Malik Soren entra, entouré de caméras locales. Grand, calme, barbe taillée, regard de prédateur fatigué. La presse adorait son histoire : enfant d’un foyer, devenu champion sans sponsor, père célibataire de deux garçons. Le public voulait le voir détruire Noé. Le bon contre le tricheur. Le survivant contre l’ancienne star.
Malik s’approcha.
— Valmont, j’espère que tu monteras quand même sur le ring. Je n’aime pas gagner contre des fantômes.
Puis il vit Élise.
— Maître Marchand ? Intéressant. Veyrac protège encore son investissement ?
Elle répondit froidement :
— Je protège les faits.
Malik sourit.
— Alors cherchez le témoin qui a filmé la première injection. Il n’est pas du côté que vous croyez.
Il repartit, laissant derrière lui l’odeur de cuir mouillé et une phrase qui changeait tout.
Noé fixa Élise.
— Tu vois ? Même mon adversaire en sait plus que mon avocate.
Elle aurait voulu protester. À la place, elle dit :
— Donne-moi quarante-huit heures. Si Veyrac t’a sacrifié, je le prouverai.
— Et si la preuve détruit ta carrière ?
Élise regarda Lila, qui venait de dessiner trois silhouettes se tenant la main.
— Peut-être qu’il est temps de savoir ce que ma carrière m’a empêchée de devenir.