Élise passa la nuit à fouiller les archives de l’agence. Les contrats de sponsoring de Malik, les clauses de rupture, les assurances en cas de scandale, les mandats signés dans l’ombre. À quatre heures du matin, elle trouva une ligne étrange : si Malik était disqualifié publiquement, la gestion de sa fondation passait automatiquement à un consortium nommé Horizon Jeunesse.
Le représentant légal d’Horizon ? Gabriel Steen, son patron.
Elle resta immobile devant l’écran. Gabriel, l’homme qui lui avait appris à ne jamais laisser une émotion entrer dans une négociation, avait organisé la crise pour récupérer les terrains du gymnase, situés dans un quartier promis à une énorme opération immobilière.
Le lendemain, Gabriel entra dans son bureau sans frapper.
— Tu as des cernes d’héroïne tragique, Élise.
— Vous avez piégé Malik.
Il ne nia même pas. Il ferma la porte, posa les mains sur le dossier d’une chaise.
— J’ai accéléré l’inévitable. Ardent était fini. Trop fier, trop pauvre, trop sentimental. Ces enfants auront un centre flambant neuf dans deux ans.
— Après qu’on aura vendu leur gymnase.
— Après qu’on aura cessé de prétendre qu’un ring humide sauve le monde.
Élise enregistra chaque mot avec son téléphone caché sous un dossier. Mais Gabriel sourit.
— Tu crois que je n’ai pas formé tes réflexes ?
Il posa sur la table une enveloppe. À l’intérieur : des photos d’Élise et Thomas devant le foyer, puis dans le café. Des angles volés, intimes.
— Une consultante en crise qui couche avec le journaliste ennemi. Pas très professionnel. Tu perds ton poste, Thomas perd sa crédibilité, Noé retourne dans le silence. Ou tu signes la stratégie que je t’ai préparée.
La stratégie était simple : présenter Malik comme un homme brisé mais responsable, lui faire accepter une faute mineure, sauver une part de son image et abandonner la fondation.
Élise sortit du bureau avec l’impression d’avoir avalé du verre.
Dans l’ascenseur, Thomas l’attendait. Elle ne sut pas comment il était entré dans l’immeuble.
— Tu as pleuré, dit-il.
— Non.
— Tu mens toujours mal quand tu ne mens pas pour un client.
L’ascenseur descendait lentement. Trop lentement.
Élise lui tendit l’enveloppe de Gabriel.
— Il va nous détruire.
Thomas regarda les photos, puis elle.
— Ce n’est pas ça qui me fait peur.
— Alors quoi ?
— Que tu choisisses encore de gagner au lieu de dire vrai.
Les mots la frappèrent plus fort qu’une accusation. Cinq ans plus tôt, Thomas avait quitté Helios après avoir découvert que l’agence couvrait une pollution industrielle. Élise, à l’époque, avait refusé de témoigner. Elle avait préféré sa carrière. Elle avait perdu Thomas sans jamais admettre qu’elle l’avait mérité.
Les portes s’ouvrirent sur le parking. Avant de sortir, elle l’attrapa par la manche.
— Si je donne l’enregistrement, il dira que je l’ai fabriqué. Si Noé témoigne, il sera broyé. Si Malik parle, personne ne croira un homme qui a déjà été condamné par les réseaux.
Thomas s’approcha.
— Alors on ne leur donne pas un témoin. On leur donne un combat.